
Parler de ses idées suicidaires à un proche n’a rien d’évident. La honte, la peur de blesser ou d’inquiéter, le désir de protéger l’autre, la crainte du jugement, l’impression de ne pas être « légitime » à souffrir autant…
Les raisons de se taire sont nombreuses, et elles sont toutes compréhensibles.Parfois, on ose en parler, directement ou à demi-mot. Et on n’est pas entendu. Pas parce que l’autre ne nous aime pas ou ne veut pas nous aider, mais parce que ce sujet reste tabou, chargé d’idées reçues, et que beaucoup de gens ne savent tout simplement pas comment réagir face à ça.Alors certains se replient sur eux-mêmes. Ils ruminent, restent seuls face à une impasse, et la douleur psychologique augmente, parfois jusqu’à un point de bascule.
Il faut le dire clairement : on ne se suicide pas pour mourir. On se suicide pour arrêter de souffrir. C’est une nuance essentielle, qui change tout dans la façon dont on peut comprendre et accompagner une personne en crise.On ne peut reprocher à personne de ne pas avoir su, de ne pas avoir été assez à l’écoute. Ce n’est pas une question de bonne ou de mauvaise volonté : c’est un sujet difficile, entouré de silence, et pour lequel on n’est presque jamais préparé.
Un message à mes camarades, et à toute personne en difficulté.
Si tu as des idées suicidaires, ou si tu traverses une période difficile : ose demander de l’aide, encore et encore, même si les premières tentatives n’ont pas été entendues comme tu l’espérais.
La vraie difficulté n’est souvent pas de parler, mais de trouver les bonnes ressources, celles qui sauront t’écouter et te guider.
La prévention du suicide chez les forces de l’ordre, c’est mon quotidien depuis plus de 6 ans et celle de l’équipe PMS.
Je suis régulièrement en contact avec des collègues en grande difficulté, parfois en urgence suicidaire.
Je t’invite à lire ce qui suit avec attention : cela pourrait t’être utile, à toi ou à quelqu’un que tu connais
.En cas d’urgence : que faire, concrètement ?
Si tu es en danger immédiat, appelle le SAMU (15)– Expose les faits simplement.- Mentionne dès le début que tu as des idées suicidaires.- Indique depuis quand tu les as, et si elles deviennent plus fréquentes.- Si tu as un scénario en tête (lieu, moyen, moment), dis-le, même si c’est difficile.
Tu n’as pas besoin d’avoir les mots parfaits. Si tu ne sais pas quoi dire, dis simplement : « J’ai des idées suicidaires, j’ai besoin d’aide. » Ça suffit.
Tu seras en ligne avec des professionnels qui savent mener l’entretien, évaluer la situation et te guider pas à pas.
Si la situation est sérieuse mais moins urgente, tu peux appeler le 3114. le numéro national de prévention du suicide.
Des psychologues et infirmiers spécialisés y répondent 24h/24 et 7j/7. L’attente peut parfois être longue (jusqu’à 40 minutes), mais je le recommande vivement : ça vaut le coup d’attendre.
Pour les forces de l’ordre, d’autres ressources existent
N’oublie pas que tu as accès à :- Au SSPO- La médecine de prévention- Les assistantes sociales- La structure d’accueil et de lutte contre les addictions- La ligne d’écoute 24h/24- Le réseau des sentinelles- Les ACP – Ta hiérarchie- Les unités de soutien, la Maison Bleus pour la Préfecture de police.
Ces ressources existent parce que ce métier expose à une charge psychologique particulière. Les utiliser n’est pas un signe de faiblesse, c’est un acte de responsabilité envers soi-même.
Ce qui nous concerne collectivement :
On n’y arrivera pas si chacun reste dans son coin. La prévention du suicide, ce n’est pas seulement l’affaire de quelques personnes formées : c’est l’affaire de tous.
Se sentir concerné, se former collectivement pour apprendre à repérer les signaux, oser aller vers un collègue qui semble en difficulté, l’écouter sans jugement et l’orienter vers les bonnes ressources : c’est ça qui, ensemble, peut faire la différence.
Faire preuve d’empathie, ce n’est pas avoir les bons mots. C’est être présent, sans détourner le regard.
Cet article aborde un sujet sensible. Si toi-même ou un proche traversez des idées suicidaires, n’hésitez pas à contacter le 3114 (numéro national de prévention du suicide, gratuit, 24h/24) ou le 15 (SAMU) en cas d’urgence.

