La stigmatisation : un silence qui tue
La stigmatisation des troubles mentaux et du suicide constitue l’un des obstacles majeurs à la prévention. Elle agit comme un verrou invisible mais redoutablement efficace : elle empêche celles et ceux qui souffrent de verbaliser leur détresse et d’accéder aux aides pourtant disponibles.
Dans l’imaginaire collectif, le suicide demeure trop souvent associé à la faiblesse, à l’échec personnel ou à une forme d’indignité morale. Cette vision archaïque nourrit la honte, la peur d’être jugé, la crainte de sanctions professionnelles ou sociales. Chez les policiers, les soignants, les cadres, cette stigmatisation est encore renforcée par la culture de la performance, du contrôle et de la résistance à l’épreuve.
1. Que se passe-t-il quand on ne parle pas ?
Le silence isole. L’isolement aggrave la souffrance. La souffrance non prise en charge augmente le risque de passage à l’acte.
Les personnes traversant des pensées suicidaires consultent rarement pour ces pensées elles-mêmes. Elles parlent d’insomnies, de fatigue, d’irritabilité, de douleurs somatiques. Le cœur du problème reste enfoui.
2. Pourquoi la stigmatisation tue-t-elle indirectement ?
- Parce qu’elle retarde l’accès à l’aide.
- Parce qu’elle invalide la souffrance.
- Parce qu’elle fait croire que demander de l’aide serait un aveu d’échec.
Des répercussions systémiques, durables et profondes
Un suicide n’est jamais un événement isolé. Il agit comme une onde de choc.
- Familles : culpabilité, questions sans réponse, deuil complexe, risque suicidaire accru chez les proches.
- Collègues : sidération, perte de sens, désorganisation du collectif, climat anxiogène.
- Institutions : absentéisme, turnover, défiance, perte de cohésion.
- Société : coût humain, social et économique considérable, transmission intergénérationnelle du trauma.
3. Peut-on encore parler d’un « choix individuel » ?
Non. Le suicide est un phénomène multifactoriel, inscrit dans des contextes psychologiques, professionnels, sociaux et culturels.
Agir : un impératif éthique et collectif
Dé-stigmatiser, c’est sauver des vies.
Cela suppose :
- de parler du suicide sans sensationnalisme ni tabou,
- de former les hiérarchies et les collectifs,
- de rendre visibles les ressources d’aide,
- de légitimer la vulnérabilité comme un signal, non comme une faute.
👉 Appel à l’action
Parlez. Osez poser la question. Orientez sans juger.
En France, le 3114 est accessible 24/7, gratuit, confidentiel.

